Jordi Colomer, Arabian Stars Exposition du 19 novembre au 24 décembre 2005/ Exhibition from Nov. 19th to Dec. 24th, 2005 Vernissage le 19 novembre 16h à 21h/ Opening reception on Nov. 19th, 4-9 pm
Arabian stars est la deuxième exposition personnelle de Jordi Colomer à la galerie Michel Rein. Comme pour sa précédente exposition, Le dortoir, en 2002, l’artiste ne se contente pas ici de projeter une vidéo mais installe un dialogue complexe dans lequel le spectateur doit trouver sa place, construire un point de vue qui n’est pas imposé d’emblée. Avec Arabian stars, Jordi Colomer interpelle des icônes charriées par la culture de masse occidentale, en les rejouant dans un monde où cette culture n’a que peu de prise. Tourné début 2005 lors d’un séjour au Yémen, le film Arabian Stars (master haute définition de 38 minutes) met en scène des citoyens yéménites croisés au gré du voyage. Les personnages ont accepté de se laisser prendre au jeu, de marcher face à la caméra en portant des pancartes colorées en carton, sur lesquelles sont manuscrits en arabe les noms de personnages célèbres, réels et fictifs, internationaux et locaux (Michael Jackson, Pikachu, James Bond ou Zinedine Zidane mais aussi le chanteur Abo Bakr Saalem, les poètes Al Zubeiri ou Albaradoni, la ministre des droits de l’homme Amat al-Alim al-Susua…) Leurs occupations momentanément interrompues par ce geste incongru, ces performers improvisés évoluent ainsi dans leur décor quotidien, les villes de Sana’a, Shibam, Aden ou le désert. De même, les mots en arabe inscrits sur les pancartes trouvent dans ces contextes déplacés une acception moins évidente. De longs plans séquences se succèdent, installant le regard dans un temps dilaté. A la galerie Michel Rein, l’espace est transformé. Le film est projeté dans une salle repeinte en vert clair, couleur des intérieurs yéménites. Quatre-vingt-deux chaises dépareillées (en écho aux quatre-vingt-deux personnages du film) attendent les spectateurs. Les trente-sept pancartes colorées sont accrochées au mur.
Arabian Stars s’inscrit dans la continuité de Anarchitekton (2002-2004) et de (un crime) (2004), les deux projets précédents. Dans Anarchitekton, un personnage singulier parcourt quatre villes (Barcelone, Bucarest, Brasilia, Osaka) brandissant des maquettes en carton, reproductions précaires de divers bâtiments, étendards grotesques, provocations utopiques ou brillantes bannières. Dans (un crime), un groupe de douze anonymes porte des lettres en volume qui construisent au fur et à mesure le récit d’un fait-divers de la fin du 19ème siècle tel qu’il fut relaté dans le “Petit Journal”, quotidien de l’époque. Le récit se déroule dans les lieux de la ville où le crime a pu être commis. « J’étais conscient de travailler à l’intérieur du champ de la représentation, littéralement immergé dans des décors, construisant le moindre objet, enfermé sur le plateau de tournage… Après Le dortoir j’ai décidé d’ouvrir une porte, de sortir avec une boîte en carton dans la rue et de travailler sur la scène de la réalité pour voir comment elle pouvait être contaminée par la fiction. Avec Anarchitekton, j’ai confronté des villles à leurs icônes architecturales ; dans (un crime), il s’agit de voir comment la ville peut être habitée par des récits ; dans Arabian Stars, il est question de visualiser l’ensemble de noms qui constituent un imaginaire, celui de la culture de masse, dans un contexte qui ne lui appartient pas, le Yémen. » Dans les trois vidéos, les personnages, de plus en plus nombreux, traînent des objets : maquettes d’architectures, lettres en volume, pancartes portant des noms, tous en carton. « Le Yémen est le contexte et le terrain est la réalité. »2 Pour l’écrivain Eduardo Mendoza, « Il n’est pas facile d’imaginer ce que ces personnages représentent au Yémen : on ne saura jamais quel décor est celui de Sherlock Holmes dans l’imagination d’un bédouin. »3
La vidéo Arabian Stars a été co-produite par le Museo Nacional Reina Sofia, Madrid et le Salvador Dali Museum, St-Petersbourg, Floride, USA. Catalogue Jordi Colomer - Arabian Stars (Museo Nacional Reina Sofia, Madrid, Espagne; Salvador Dali Museum, Saint-Petersburg, Floride, USA, 2005, 184 pp.) en vente à la galerie.
Jordi Colomer in ABC de las artes y las letras, Madrid, Oct. 2005 2 William Jeffett, “Estrellas en el desierto/ Desert stars”, in Jordi Colomer - Arabian Stars, Museo Nacional Reina Sofia, Madrid, Espagne; Salvador Dali Museum, Saint-Petersburg, Floride, USA, 2005 3 Eduardo Mendoza, “Estrellas Fugaces/ Falling Stars”, op. cit.
Arabian stars is Jordi Colomer’s second solo show at galerie Michel Rein. Just like for his previous exhibition Le dortoir in 2002, the artist is not only projecting a video, he is also installing a complex dialog in which the spectator must find his/her place and construct a point of view that is not directly imposed on him. In Arabian Stars, Jordi Colomer uses icons of western mass culture in a world where this culture has no root. The Arabian Stars film (high-resolution master, 38 min.) was shot at the beginning of year 2005 in Yemen. It is staging Yemeni citizens randomly encountered during the trip. The protagonists accepted to join in and to walk facing the video-camera while holding coloured cardboard signs. On these signs the names of famous characters, real and fictional, international and local (Michael Jackson, Pikachu, James Bond or Zinedine Zidane, the singer Abo Bakr Saalem, the poets Al Zubeiri or Albaradoni, the ministry of human rights Amat al-Alim al-Susua…) are written. As their regular occupation is momentarily interrupted by this out-of-place gesture, the improvised performers are still moving in their daily environment: the cities of Sana’a, Shibam, Aden or the desert. Likewise, the words written in Arabic script on the signs seem to bear less obvious meanings in these displaced contexts. A succession of long sequence shots settles the gaze in an expanded time. The space of the gallery is transformed. The film is projected in a light-green painted room (the colour of Yemeni interiors). Eighty-two mismatched chairs (as an echo of the film’s eighty-two characters) wait for the spectators. The thirty-two cardboard signs are hung on the walls.
Arabian Stars is consistent with Anarchitekton (2002-2004) and (un crime) (2004), both previous projects of the artist’s. In Anarchitekton, a strange character wanders through four cities (Barcelona, Bucarest, Brasilia, Osaka) while waving cardboard models, precarious reproductions of diverse buildings, which can be in turn interpreted as ludicrous standards, utopian provocations or shining banners. In (un crime), a group of twelve people carries bulky letters that build up bit by bit the account of a crime committed at the end of the 19th century, just as it was recounted in the daily newspaper of the time, “le Petit Journal ». The narrative unfolds in the very places were the offence could have taken place. “I was consciously working within the field of representation; I was totally submerged by the scenery, making every little object, I was locked up on the set… After Le dortoir I decided to unlock a door, to take a cardboard box out in the street and to work on the stage of reality to see how it could be infected by fiction. With Anarchitekton, I confronted cities with their architectural icons, in (un crime), I tried to see how the city can be inhabited by stories; Arabian Stars is an attempt to visualize all the names which constitute the imagination of mass culture in a context that escapes it, Yemen.” In the three video-works, the increasingly numerous characters drag objects: architecture models, bulky letters, signs bearing names, all made of cardboard. “Yemen is the context and the terrain is reality.” 2 According to the writer Eduardo Mendoza, “It is not easy to imagine what these characters represent in Yemen: We’ll never know what the setting for Sherlock Holmes is in the imagination of a Bedouin.” 3
The Arabian Stars video was co-produced by Museo Nacional Reina Sofia, Madrid and Salvador Dali Museum, St-Petersburg, Florida, USA. Catalogue Jordi Colomer - Arabian Stars (Museo Nacional Reina Sofia, Madrid; Salvador Dali Museum, Saint-Petersburg, Florida, USA, 2005, 184 pp.) for sale at the gallery.
Jordi Colomer in ABC de las artes y las letras, Madrid, Oct. 2005 2 William Jeffett, “Estrellas en el desierto/ Desert stars”, in Jordi Colomer - Arabian Stars, Museo Nacional Reina Sofia, Madrid, Spain; Salvador Dali Museum, Saint-Petersburg, Florida, USA, 2005 3 Eduardo Mendoza, “Estrellas Fugaces/ Falling Stars”, op. cit. |

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